L'impasse économique et juridique

Le flou juridique qui isole les éleveurs

Le drame pour l’éleveur ou l’éleveuse est que les contrôles officiels ne détectent souvent rien. Les normes actuelles de l’Ordonnance sur les installations électriques à basse tension (OIBT) sont calibrées pour la sécurité humaine, pas animale. Une installation peut donc être « conforme » tout en étant toxique pour le troupeau. Conséquences : ruine financière (des pertes allant jusqu’à 1 million de francs ont été recensées), épuisement psychologique, et parfois l’abandon de l’exploitation.

« Face aux normes inadaptées et à un manque de reconnaissance, les éleveurs et les éleveuses vivent un cauchemar. »

Marc Scherteleib

Chiffres et états des lieux

Ampleur du problème

Selon une étude menée en collaboration avec Prométerre, 13 % des exploitants touchés ont signalé des pertes entre 100 000 et 1 million de francs, et 33 % des pertes entre 20 000 et 85 000 francs. Prometerre

En Suisse, 37 % des exploitations agricoles seraient confrontées à ce problème, avec des impacts pouvant aller jusqu’à la mort des animaux.

Le vide juridique: qui est responsable?

L’interpellation Bardet au Grand Conseil vaudois (août 2024) pose explicitement la question : en cas de désaccord entre l’installateur et l’éleveur, existe-t-il des moyens pour soutenir les démarches juridiques ? Et des moyens pour dédommager les éleveurs dont les dommages peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de francs ? Canton de Vaud

→ À ce jour, il n’existe pas de mécanisme légal clair et systématique de dédommagement en Suisse.

Le manque d'expert·es comme facteur aggravant économique

Le manque notable d’expert·es maîtrisant la problématique entraîne des délais de résolution très longs, avec un impact direct et significatif sur les pertes économiques, mais aussi sur le moral des détenteurs d’animaux.

Une première réponse institutionnelle, mais partielle

Depuis le 1er janvier 2026, le Canton de Vaud propose une subvention pour les exploitations d’élevage confrontées aux courants vagabonds : un forfait de 600 francs pour un diagnostic standard, et jusqu’à 1 200 francs pour un diagnostic complémentaire (60 % des coûts), plafonné à 1 800 francs par exploitation. Prometerre

→ C’est un premier signal politique, mais face à des pertes pouvant atteindre 1 million, la subvention reste symbolique.

Une piste préventive sur le plan contractuel

Prométerre recommande aux exploitant·es qui équipent leurs bâtiments de panneaux solaires d’insérer une clause contractuelle spécifique dans le contrat avec l’installateur solaire. Prometerre

→ En l’absence de cadre légal contraignant, le droit contractuel devient le seul outil de protection disponible.

Un secteur déjà fragilisé

La nature même des vaches laitières et leurs conditions de détention, avec un grand nombre d’installations électriques nécessaires, les rendent particulièrement vulnérables, affaiblissant davantage un secteur qui se trouve déjà bien souvent en difficulté.